On monte tous en voiture sous les feux d'artifice. Je ne comprends pas grand chose, il va me falloir quelques temps pour me réhabituer a l'Anglais avec l'accent islandais...
Ils me déposent dans l'appartement, j'y trouve la chambre qui m'est destinée avec les affaires que je leur avais laissées avant de partir, les cadres de fenêtres repeints, un joli rideau en lin, un vase et une tulipe et des coussins marrants sur le lit, une petite lampe jaune, un bougeoir.
Malgré leurs efforts, je vois bien que rien, dans cette chambre, ne me convient. Elle est très petite et le lit mange la moitié de la largeur et il ya beaucoup de petites places perdues, un linot imitation bois.
C'est une pièce un petit peu en retrait de l'appartement, ils n'avaient jamais trop réussi a l'aimer, ca se voit, elle est très sombre. On dirait un peu l'internat de Jules Ferry.
Pour compenser cela, ils ont nommé toutes les pièces de l'appartement selon une saga norvégienne qui classifie différent "mondes" ou "maisons", "heima", Glæðheima, la maison du bonheur pour la chambre des parents, la maison des couleurs pour celle des enfants.
Ironiquement, la mienne est "ljósheima" la maison de la lumière. Le nom de la rue, c'est Sólvallagata (rue des chants ensoleillés), dans le 101...avec tout ca, je dois bien réussi a faire quelque chose!!!
Pendant qu'ils vont diner chez les parents de Soffia, je m'active pour, comme a dit Julius, "make it my home"...
Je dispose de trois éléments: Un bureau et un placard amovible blanc et bois style Ikea, et un lit plus ancien,avec bois de lit à la tête et au pieds. Avec tout mon bordel en plus, j'ai à peine la place de bouger.
Je ne peux pas garder ce lit dans le sens de la longueur, a vue de nez, il rentre exactement en largeur devant la fenêtre. Je pousse un peu tout vers la porte,et j'entreprend de retourner le lit.
Ca coince, le bureau me gène, il pèse une tonne mais je le pousse quand-même un peu.
Ah merde, peut-être que ca rentre, en théorie, mais en pratique je n'ai physiquement pas la place de pivoter ce lit.
Je regarde la porte et envisage un créneau...Mais le bureau et mes trois tonnes d'affaires qui la bouchent me narguent.
Impossible.
Les plaintes me bouffent aussi de l'espace de manoeuvre, peut-être en soulevant le lit au dessus des plaintes?
Je le soulève, ce qui me permet de pivoter encore de quelques ridicules degrés d'angle...Le bois de lit bute contre le mur et y laisse un creux au passage, je me casse la gueulle dans le coin, le lit aussi.
Je ferme le rideau car j'ai l'impression d'être une marionnette dans un théatre pour les voisins, si quelqu'uun m'a vu il a du bien se marrer.
Me voila avec le lit coincé en diagonale, pendant, avec la moitié des pattes au dessus des plaintes, l'autre moitié en dessous.
Marie-anne...c'est pas mal non plus en diagonale?
Non, je repense a Virginie et au canapé du salon en diagonale a strasbourg, j'ai jamais aimé ca.
"Hello soffia, ca va? au fait j'ai niqué le mur avec le bois du lit et il est coincé sur les plaintes en diagonale de la chambre..."
Non, je dois m'en sortir avant qu'ils arrivent. Magnus le péroquet me fait des frayeurs, il joue avec son grelot, on dirait des bruits de clés.
En forcant, je remets le lit dans sa position initiale, rassurée d'avoir pu le faire seule, mais rouge de frustration et d'impuissance.
Le lit ne semblent pas démontable.Il a l'air énorme.
J'essaye un retournement par la position verticale. Argh, trop lourd, je peux pas.
Si je le penche sur la tranche?
J'essaye, mais les bois de lit font que c aussi difficile qu'a l'horizontale, le matelas se casse la gueule sur le bureau, foutu pour foutu, je force un peu.
Un horrible buit de bois craqué résonne et cinq grosses lattes en bois me sautent dessus.
Ca c'est une idée...J'enlève toutes lattes, pousse le matelas plus loin, et me retrouve en possession d'un gros cadre en bois vide.
En théorie, un rectangle sans diagonales peut devenir un parallépipède...je tente une manouevre en soulevant un peu et un nouveau bruit,
le bois de lit de tête se détache! J'avais pas essayé que celui là!
Je l'enlève et je retourne le reste, les doigts dans le nez, remets le bois, remets les lattes et le matelas et m'écroule dessus. De là, je vois les feux d'artifice et Magnus leur répond, je ne sais pas si ca l'amuse ou l'effraye.
Je change ensuite la place du bureau qui rentre pile a gauche de la porte et pousse le placard contre le lit, se qui créé un petit coin pour ma tête de lit, aveugle depuis la porte. Parfait!
Habits, trucs machins, livres, je range et je m'endore.
Le lendemain Soffia m'accueille, elle a trouvé le paquet de noel dans le frigo plein de bouffe francaise, on en mange tous ensemble.
Quand elle voit ma chambre, elle oblige Julius, occupé, a venir voir, comme une enfant de 4 ans, et dit a Salome (je crois) "ca va vraiment devenir la maison des lumières!"
Durant les quelques jours suivants, je fignole avec quelques tricheries visuelles.
Une grande série de photo tout le long du plus grand mur, pour l'allonger, un poster de paysage infini au dessus du bureau, deux barres de bois du placard à l'étagère murale, pour couper l'espace en hauteur, "rapprocher" le plafond en quelque sorte, des plumes, une ampoule dans la grande lampe, une guirlande de Noël blanche, tout dans des tons pastels et framboise pour aller avec les murs blancs et vert pomme, un tapis orange et jaune.
Le livre des princesses que m'a offert Christine, sur l'étagère, ca y est, je suis chez moi.
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