C'est un texte en anglais qui ouvre le bal, je voudrais pouvoir fermer mes oreilles à cette langue juste un instant, mais plus je fais d'effort pour réduire à l'abstraction ces syllabes et plus les mots qu'elle prononce mes font jaillir des images.
Il s'agit d'une histoire ou d'un fantasme qui mêle meurtre et sexe.
Ah zut, ça m'apprendra à venir sans lire le programme. Dans le feuillet on lit les inspirations: Robe-Grillet, Georges Bataille.
En plein dans le mile. Le fameux combo Eros/Thanatos.
Je n'ai jamais compris, jamais pu me forcer à essayer de comprendre tellement je voue un mépris total aux êtres si dénués d'empathie qu'ils peuvent apprécier de rapprocher ces deux notions.
Pourquoi attaquer l'érotisme, ce magnifique partage, ce don, la confiance, le miracle de l'attirance?
Un texte comme celui là s'ingénie à tout ternir, à me donner envie de pleurer …les hommes coupent des arbres ou avalent des agneaux, et moi petite fille face à cette injustice…
Bref, la scénographie est claire et la mise en scène joue la transparence, du faux sang très très faux, des mannequins très réalistes mais trop légers manipulés pas un homme manifestement désorienté.
Mais trop tard, l'image mentale surgie du texte suffit à donner aux poupées une existence toute aussi réelle que celle de la femme qui vient de mourir dans le texte et donc, dans ma tête.
Je compte les projecteurs un par un, 96. par grappes de 3, 57 ah, je recommence par grappes verticales de 12, 84, j'ai du en rater une, par grappes horizontales de 12, en revoilà 96.
C'est le plus plausible, mais je refuse de faire la multiplication qui m'amènerait une réponse claire en me privant de ma seule échappatoire.
Du correcteur bleu.
Très belle nuance.
Ca fait un beau blanc au sol.
Chaque tableau fonctionne, et chaque présence se singularise sur ce sol blanc.
Ils sont beaux comme une galaxie.
JLVerna entre, superbe, ces tatouages lui dessinent une mine grave tandis qu'il bombe un torse qui en devient presque une poitrine. Il pose sa tête dans une flaque de faux sang. L'autre vient le manipuler.
J'essaye de voir la vie dans ses yeux mais ils sont totalement noircis. Pas de regard.
L'homme qui torture les poupées est banalement banal. C'est sûrement ce qui le rend aussi flippant.
Enfin entre dans la danse une humaine en plastique, avec un corps blanc-mannequin qui inonde la scène de sa gracieuse froideur.
Une fois que le volume sonore est passé plusieurs fois du silence total au chaos assourdissant, que la lumière a fait des allers-retours de blafarde à crépusculaire, l'homme ressort les poupées des boites -cercueils où ils les avait jetées avec hargne.
Scène de massacre.
La fièvre et le vacarme ont raison de moi, je dois quitter la salle.
Comme une souris, il ne s'agit pas de faire un scandale, il s'agit de me protéger.
Pas besoin de partir de là, alourdie de plus d'images indigestes que j'en ai déjà ingérées.
Je suis otage de la dernière demi heure où, en 30 minutes, ils ont le temps de m'empoisonner à volonté.
Le processus est injuste, ils ont la scène, la lumière et le son, je suis placée en récepteur.
Je ne veux pas recevoir cela, voilà tout.
Cela me rappelle tout à coup une collègue de théâtre qui me montre la vidéo de son dernier spectacle.
Sahra Kane, même principe, même pincement, même nausée. Je lui demande de l'arrêter.
Là aussi joue le théâtre, pas de réalisme, mais l'idée de la perversion est là et cela me suffit.
"Mais comment peux tu faire face à la violence du monde, si tu n'en supporte pas la mis sen scène? "
Argument qui me laisse sans voix. Ce soir, j'ai la réponse.
Je crois que j'ai le droit d'avoir horreur de ce qui est horrible.
C'est à ce monde violent de changer, pas à moi de m'y habituer, et pas à moi d'accepter l'inacceptable, et pas à moi d'aller voir sur scène, l'obscène.
05 février 2016
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1 commentaire:
Merci yog pour ce post. Je revenais pour justement retrouver une info d'antant. land-escape revival en quelque sorte...
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