03 avril 2010

Caraïbes, esthétique et manucure

La Martinique est l'un de ces endroits sur terre où l'on peut jeter négligemment un reste de salade de fruits au pourrissoir
et découvrir six mois plus tard, un champ de pastèque clandestin...
Au départ, les Caraïbes, ça donne envie de traverser la mer à la nage jusqu'à l'île voisine, de porter une robe légère en lin froissé,
cheveux aux vents, de se concocter une jarretière en feuille de palmier pour y glisser un coutelas d'ivoire, et d'aller pêcher son repas
dans une eau luxuriante et claire...
mais bientôt passe sur vous la première nuit et le premier jour,
et vous devez gérer les conflits de sensation entre les parties du corps qui réclament une protection anti-moustique ou une protection solaire,
un baume apaisant ou une grosse couche de biafine.
Plus besoin de crème hydratante, au moins, l'on est plutôt comme une éponge bien gorgée d'eau et très grasse sur les bords...
Envolé le rêve de Koh-lantah il faut bien avouer qu'on est content, le soir, de s'endormir sous sa moustiquaire.
Cheveux qui collent sur les épaules enduites, vent qui vous relook en moins de deux, il faut lâcher l'idée du beau brushing façon tigresse
et on commence à comprendre comment les coiffures créoles sont nées. De petite tresses collées au crâne pour avoir un joli dessin,
mais n'avoir rien qui dépasse, qui chatouille, qui s'accroche. La sophistication du cheveux attaché.
Il en va de même pour les corps, soignés et astiqués.
La nature s'attaque à ce qui est délaissé, l'humidité ronge le métal, opacifie le plastique, détruit l'électronique.
Pas de charme de la ruine possible ici. Ce qui est abîmé est bon à disparaître, ce qui est à l'humain est humanisé par une hygiène exemplaire.
Une maison à volets écaillés, avec un charme de Nouvelle-Orléans? Vite, un coup de blanc sur la barrière avant qu'elle ne pourrisse,
et de bonnes fenêtres en PVC! Un joli parquet sera vite colonisé par les fourmis dans les interstices et les moustiques se posent pour se fondre dans les coins sombres; On a envie de grandes surfaces de carrelage blanc et de couleurs pastels.
Même un cœur comme le mien, dans lequel est enraciné l'attrait pour les sombres volutes, les décorum en vieil or, le bois noir et le papier jauni, se met à rêver de linge blanc et vouloir sentir le savon et avoir les ongles polis, à aimer les petits vêtement rose vif pliés au carré, à comprendre les uniformes des lycées de Martinique et les habits traditionnels en madras à petit col blanc...enfin à deviner comment des gens d'un naturel aussi cool ont pu barricader leur langage d'un tel vernis protocolaire.

Dans cette surenchère d'humanité, on a envie d'être élégant....sorte de housewife's snobista: mes enfants sont plus impeccables que les tiens. Un rêve de femme des années 60, en somme.
Ariel rend les habits noirs plus blancs que blanc.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

hmmmm joli post...

z